samedi 10 octobre 2015

2015-10-10 Shangri-la, le rêve défait

Le mythe de Shangri-la

Avant de s'appeler Shangri-la, cette ville du nord du Yunnan s'appelait Zhongdian (et avant que les chinois "libèrent" le Tibet, la ville portait un nom tibétain qui signifiait la terre du roi, en l'honneur de celui qui a régné pendant des années avant de s'enlever la vie au lieu de se rendre à l'ennemi, mais ça c'est une autre histoire...).


Depuis 1933, l'année où James Hilton a écrit son fameux Horizons Perdus, décrivant cette intriquante Shangri-la, lotie dans la vallée de la lune bleue, au pied du mont Karakal, tout le monde a cherché à trouver où elle se trouvait. Plusieurs villes ont réclamé le titre, en quête d'un essor touristique, mais Zhongdian a poussé l'audace en allant jusqu'à changer son nom. Je dois dire que j'ai lu le livre sur place et que je ne m'y suis pas du tout reconnue. 

Une des attractions principales est la vieille ville, que j'ai eu de la difficulté à trouver malgré les cartes et mon gps... Tout me semblait neuf ou en construction jusqu'à ce que je comprenne que la vieille ville a été complètement brûlée en décembre 2013... Quel malheur...





Puis on m'a conseillé une boucle à vélo sur le bord de l'autoroute, dans le quartier industriel, parmi les garages de mécanique, le gaz, les klaxons et la construction,... J'ai pourtant suivi la route qu'on m'avait recommandé, je n'ai pas compris??... En Chine, ça fini souvent comme ça... 






Pèlerinage au Kawa Karpo, montagne sacrée tibétaine

Enfin, j'ai pris l'autobus vers Deqin, sur une route accrochée à la falaise, mi-chemin entre les profondeurs de la vallée et des sommets impressionnants. 


Ce, jusqu'à Felei Temple, petit village d'où la vue, et le lever de soleil, sur le Kawa Karpo (Snow Meili Mountain) est sans pareil. Plus les kilomètres s'additionnaient, plus j'avais l'impression de m'approcher de la véritable Shangri-la!





(Ben et Karen, un jeune couple avec qui j'ai randonné, partagé des repas et des chambres d'hôtel. Ils ont été très courageux de s'aventurer en rando, plusieurs jours, avec pluie et froid, sans en avoir vraiment fait auparavant!)


(On l'appelle aussi la montagne d'or, parce que lorsque les premiers rayons de soleil frappent le sommet, elle prend des teintes dorées. Mais il faut être très chanceux, comme nous l'avons été, parce que la majorité du temps c'est couvert de nuages.)


(Quelques secondes après le lever du soleil, les nuages couvraient à nouveau le sommet. On peut voir une famille tibétaine qui se recueille.)


(Trois autres amis rencontrés, qui parlaient tous le cantonnais puisqu'ils viennent tous du même endroit dans la province de Guangzhou, près de Hong Kong. C'était toujours une ambiance joyeuse avec eux, même si je me sentais parfois à l'écart étant donné la barrière de la langue. Merci à Ben qui prenait le temps de me traduire le tout!)



(La beauté des selfie sticks, ça prend de belles photos.)



(Les fameuses soupe-nouille, il s'en mange en Chine!)


(En approchant du col Nanzheng, les drapeaux de prières sont partout!)










(Lower Yubeng, la chute sacrée est dans le fond de cette vallée.)

(Upper Yubeng, où nous avons dormi deux nuits.)


Randonnée "émouvante" à la chute sacrée 




J'ai dû croiser plus d'une centaine de tibétains, sans aucun habillement technique malgré la pluie (qui n'a pas cessée de la journée) et l'air frais des montagnes, tous très joyeux d'effectuer la montée vers cette chute sacrée. En fait, tous les petits cours d'eau sacrés se jettent dans cette rivière sacrée qui coule de la montagne sacrée. Ça semble assez important à en voir tous ces moines et familles qui marchent en récitant des prières, en ajoutant des pierres aux monticules déjà érigés (qu'il faut absolument contourner dans le sens horaire lorsqu'ils se trouvent dans le sentier). 


Tout le long du trajet, le paysage est parsemé de drapeaux de prières, ça ajoute de la couleur et de la gaieté à toute la grisaille. On sent la joie et la fébrilité de ce pèlerinage familial. Les gens se tiennent par la main, rient, l'heure est à la fête....



(Finalement, la fameuse chute!)

(Les pèlerins vont même marcher sous la chute, certains plusieurs fois en circulant en rond. À part le rhume, je ne sais pas si ça leur apporte grand chose...?)

Et moi, c'est là que j'ai eu mon overdose de chocs. Je m'attendais naïvement à trouver l'endroit le plus pur et sacré, qui justifierait le déplacement et la joie de tout ce beau monde. Mais je constate plutôt la même chose que j'ai vu tout le long en montant, mais encore plus aberrant au sommet...

(Le monument où les gens sont sensés faire des "offrandes", mais y déposent plutôt leurs déchets. Nul besoin de vous dire que je suis contre ce principe d'offrandes, surtout en haut d'une montagne. Dans les temples, les gens laissent des bouteilles de bière et des paquets de cigarettes, c'est pas sérieux, imaginez ce que ça donne en nature... Beaucoup de gens laissent de l'argent papier, que les chevaux raffolent, ça donne des scènes assez ridicules.)

(En arrivant près de la chute, ce qui frappe, c'est l'odeur... On se promène au travers de sacs de déchets et des tas de merde. Tout un endroit sacré, moi j'appelle ça un dépotoir...)

(Ça c'est juste la merde au sommet, mais tout le long en montant, les chevaux chient sans retenue dans le sentier et dans le cours d'eau "sacré". Parce qu'ils faut dire que les chinois ne sont pas très sportifs et préfèrent payer pour faire le trajet à cheval...)

(Tout le long en montant, le sentier est parsemé de papier d'emballage, de paquets de cigarette vides, de bouteilles de plastique, et ce même s'il y a de grosses poubelles vertes à tous les tournants... En fait, les poubelles sont vides.)

Ajoutez cela au fait que les gens empruntent toute sorte de "raccourcis" ou d'improvisation de sentier, qui fait que tout le sous-bois est piloté, que le sol s'érode à une vitesse accélérée, que l'eau de pluie ruisselle partout entraînant des quantités de bouette dans les cours d'eau "sacrés",... Ces cours d'eau sacrés dans lesquels je n'oserais pas boire. 

Pauvres chinois et tibétains, qui viennent en famille détruire le bien qui leur est si cher. Qui repartent avec le grand sourire, complètement inconscients du tort qu'ils viennent de causer. 

En redescendant, je n'avais plus le cœur à répondre aux tachidélés enjoués (le bonjour tibétain), j'avais les larmes aux yeux, révoltée de voir autant d'aberrations...

La Chine a besoin de temps, c'est ce que les chinois éduqués et conscients me disent...

Sinon, pour terminer sur une note positive, si vous vous rendez dans cette région, il faut absolument revenir par le village de Nilong. Les plus beaux paysages au cours de mes trois journées passées au Kawa Karpo sont certainement sur ce trajet de Yubeng à Nilong.




















(Et voilà, le début du sentier qui longe la falaise. Ce que les chinois appellent "very dangerous" et qui m'a fait hésiter, mais qui finalement est juste hyper excitant et sensationnel.)








(En revenant à Shangri-la, un 10 octobre, j'ai eu droit à ma première neige de l'année. Pour eux, c'était la première neige de leur vie! On roulait les fenêtres ouvertes, ils ont du prendre plusieurs centaines de photos. Il faut dire que c'était très beau, mais j'étais gelée comme un crotte et j'ai attrapé le rhume!)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire